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Une génération en péril

Extrait de Réveillez-vous ! du 8 septembre 2001, pages 3-14

" Il y a deux mois encore, j'étais heureux et actif. Maintenant, chaque fois que je pourrais faire quelque chose, je suis trop fatigué. Je suis triste et soupe au lait ; je ne sais pas comment les autres font pour me supporter. Je n'arrive pas à expliquer pourquoi soudainement je me sens si mal dans ma peau. " — Paul.

" Je pleure et je souffre beaucoup intérieurement. Quand je ne souffre pas, je me sens complètement inerte. Je n'ai goût à rien. Je n'aime plus être avec mes amis. Je dors beaucoup. La plupart du temps, je n'arrive pas à me lever pour aller en cours et mes notes ont baissé. " — Mélanie.

PAUL et Mélanie ne sont pas des cas isolés. Des études indiquent qu'aux États-Unis près de 8 % des adolescents souffrent d'une forme de dépression et environ 4 % sombrent chaque année dans la dépression grave. Toutefois, ces statistiques ne révèlent pas tout, car cette maladie est souvent mal diagnostiquée ou totalement ignorée. " En réalité, écrit David Fassler, psychologue pour adolescents, après avoir analysé des recherches menées auprès d'enfants et d'adolescents, je pense que plus de 1 sur 4 traversera une période de dépression grave avant d'atteindre son 18e anniversaire. "

Des effets dévastateurs

La dépression a des effets dévastateurs sur les jeunes. En effet, d'après des spécialistes, elle est en grande partie responsable des troubles alimentaires, des désordres psychosomatiques, des difficultés rencontrées à l'école et des états de dépendance.

Plus tragique encore, on a établi un lien entre la dépression et le suicide. Selon l'Institut américain de la santé mentale, 7 % des jeunes qui souffrent de troubles dépressifs majeurs mettent fin à leur vie [1 – Des spécialistes pensent que le pourcentage est beaucoup plus élevé, car des décès jugés accidentels pourraient �tre des suicides.]. Cependant, même ce chiffre est loin de refléter la réalité, parce que pour un jeune qui se suicide il y en aurait beaucoup plus qui tentent de le faire. C'est donc à juste titre qu'un rapport du Conseil Carnegie sur le développement des adolescents déclare : " Aujourd'hui, prendre les problèmes des adolescents à la légère, c'est courir à la catastrophe. Un tel manque d'attention met assurément une génération en péril. "

Une vie insouciante ?

Certains ont du mal à croire que des jeunes puissent être dépressifs. " Ce ne sont que des enfants ! se disent peut-être les adultes. Ils mènent une vie insouciante et sont loin d'avoir nos préoccupations. " Est-ce vrai ? En fait, les adolescents subissent des pressions bien plus fortes que beaucoup d'adultes ne le pensent. Le docteur Daniel Goleman affirme : " Depuis le début du [XXe] siècle, chaque génération court davantage de risques que les précédentes de souffrir d'une dépression profonde — non pas la simple tristesse, mais une apathie paralysante, un abattement, un apitoiement sur soi-même et un sentiment d'impuissance accablante. Et celle-ci se manifeste de plus en plus tôt. "

Néanmoins, beaucoup de parents pourraient objecter : " Nous, nous avons passé l'adolescence sans sombrer dans la dépression. Pourquoi notre enfant est-il accablé par des sentiments négatifs ? " Mais les adultes ne devraient pas comparer leur adolescence avec celle des jeunes de maintenant. Après tout, chaque personne a sa vision du monde qui l'entoure et y réagit différemment.

En outre, les adolescents d'aujourd'hui ont un défi supplémentaire à relever. " Ils grandissent dans un monde totalement différent de celui de leurs parents ", écrit Kathleen McCoy dans son livre Comprendre la dépression chez les jeunes (angl.). Après avoir énuméré plusieurs changements importants survenus au cours de ces dernières décennies, elle conclut : " De nos jours, les jeunes se sentent moins en sécurité, sont moins sûrs d'eux et sont moins positifs que nous l'étions il y a une génération. "

Vu le nombre de jeunes affectés par la dépression, les articles suivants répondront à ces trois questions :

• Quels sont quelques-uns des symptômes de la dépression de l'adolescent ?

• Qu'est-ce qui la provoque ?

• Comment aider les jeunes qui en souffrent ?

Identifier les signes

" La tristesse est un sentiment normal, salutaire ; la dépression est une maladie. La difficulté consiste à saisir la différence et à savoir la faire. " — Dr David Fassler.

COMME la plupart des affections, la dépression présente des symptômes révélateurs. Cependant, les signes ne sont pas toujours faciles à identifier. Pourquoi ? Parce qu'au même titre que les adultes, presque tous les jeunes broient du noir de temps à autre. Quelle est la différence entre un simple coup de cafard et une dépression ? Elle se situe essentiellement dans l'intensité et la durée.

L'intensité correspond à la mesure dans laquelle les sentiments négatifs accablent le jeune. Plus grave qu'un petit passage à vide, la dépression est une maladie affectivement destructrice qui empêche sérieusement le jeune de vivre normalement. Le docteur Andrew Slaby décrit la gravité de l'état dépressif en ces termes : " Pensez à la pire douleur que vous ayez ressentie — une fracture, une rage de dents ou un accouchement —, multipliez-la par dix et supprimez-en la cause ; vous aurez une idée de la douleur qu'engendre la dépression. "

La durée se rapporte à la période durant laquelle l'apathie subsiste. D'après Leon Cytryn et Donald McKnew fils, professeurs de médecine, " un enfant qui ne semble pas être consolé ou reprendre une vie normale dans la semaine qui suit un coup de cafard (quelle qu'en soit la raison) — ou dans les six mois qui suivent une perte qu'il juge importante — risque de faire une dépression ".

Les symptômes courants

On dit qu'un jeune souffre de dépression uniquement lorsqu'il présente un ensemble de symptômes quotidiennement, durant une grande partie de la journée, pendant au moins deux semaines. On parle d'épisode dépressif quand il s'agit d'une période relativement courte, et de dysthymie (une forme de dépression légère, plus chronique) quand les symptômes se prolongent pendant plus d'un an sans qu'il y ait plus de deux mois de rémission. Dans les deux cas, quels sont quelques-uns des symptômes les plus courants ? [2 – Les sympt�mes décrits dans cet article ne sont donnés qu'à titre indicatif ; ils ne sont pas destinés à établir un diagnostic.]

Trouble soudain de l'humeur et du comportement. D'obéissant qu'il était, l'adolescent devient brusquement têtu. Une attitude rebelle et même la fugue sont courantes chez les adolescents dépressifs.

Isolement. L'adolescent se détache de ses amis, ou bien ce sont eux qui ne le côtoient plus parce qu'ils ont remarqué un changement indésirable dans son état d'esprit et son comportement.

Perte d'intérêt pour la plupart des activités. Le jeune est anormalement passif. Des passe-temps qu'il trouvait passionnants récemment encore lui paraissent à présent ennuyeux.

Important changement dans les habitudes alimentaires. De nombreux spécialistes pensent que les troubles comme l'anorexie et la boulimie vont fréquemment de pair avec la dépression (et sont parfois causés par elle).

Troubles du sommeil. Le jeune dort soit trop peu, soit beaucoup trop. Certains ont le sommeil perturbé ; ils restent éveillés toute la nuit et dorment toute la journée.

Problèmes scolaires. L'adolescent a du mal à s'entendre avec ses professeurs et ses camarades ; ses notes chutent. Il ne tarde pas à rechigner à se rendre en cours.

Actes risqués ou autodestructeurs. Le jeune qui joue avec sa vie démontre qu'il n'y attache guère d'importance. L'automutilation (des entailles par exemple) peut aussi être un symptôme.

Sentiment de médiocrité ou de culpabilité délirante. Le jeune devient extrêmement critique envers lui-même ; il a l'impression de n'être bon à rien, même si les faits prouvent le contraire.

Problèmes psychosomatiques. Quand aucune cause physique n'est décelée, des maux de tête, de dos, d'estomac et d'autres douleurs peuvent signaler une dépression sous-jacente.

Idées récurrentes de mort ou de suicide. Une obsession pour les thèmes macabres est également un signe. Il en va de même des menaces de suicide. — Voir l'encadré ci-dessous.


QUAND UN ENFANT VEUT MOURIR

D'après des agences de surveillance sanitaire, au cours d'une de ces dernières années, le suicide a causé plus de morts chez les jeunes Américains que le cancer, les maladies cardiaques, le sida, les malformations congénitales, les accidents vasculaires cérébraux, la pneumonie, la grippe et les maladies pulmonaires chroniques réunis. Autre fait déconcertant : on a constaté une augmentation spectaculaire du taux de suicides parmi les adolescents âgés de 10 à 14 ans.

Est-il possible d'éviter le suicide des adolescents ? Dans certains cas, oui. " Les statistiques montrent que de nombreux suicides sont précédés de tentatives ou de sous-entendus et d'avertissements verbaux, écrit Kathleen McCoy. Quand votre enfant fait ne serait-ce qu'allusion à des pensées suicidaires, c'est le moment d'y prêter vivement attention et de rechercher éventuellement l'aide d'un professionnel. "

Étant donné la prévalence de la dépression chez les jeunes, les parents et les autres adultes doivent sérieusement prendre en compte la moindre indication de leur envie de mourir. " Dans presque tous les cas de suicide que j'ai examinés, les indices que les adolescents avaient donnés sur leurs intentions avaient été ignorés ou minimisés ", lit-on sous la plume du docteur Andrew Slaby, dans son livre Personne n'a remarqué ma souffrance (angl.). " Les membres de la famille et les amis n'étaient pas conscients de l'ampleur des changements dont ils étaient témoins. Ils s'arrêtaient sur les conséquences du problème et non sur sa cause profonde, si bien que le diagnostic était ' problèmes familiaux ', ' usage de drogue ' ou ' anorexie '. Parfois, la colère, les troubles et l'irritabilité étaient soignés, mais pas la dépression. Le problème en lui-même demeurait, insupportable et virulent. "

Le message est clair : prenez au sérieux tous les indices de tendances suicidaires !


Le trouble bipolaire

On peut retrouver certains de ces symptômes dans une autre affection déroutante : le trouble bipolaire. Selon les psychiatres Barbara Ingersoll et Sam Goldstein, le trouble bipolaire (ou psychose maniacodépressive) est " un état caractérisé par l'alternance d'épisodes dépressifs et de périodes durant lesquelles l'humeur et l'énergie sont vives, beaucoup plus vives, en réalité, que lorsqu'on est de bonne humeur ".

On appelle cette phase d'exaltation " manie ". Elle peut se traduire par un débordement d'idées, une volubilité excessive et une diminution du temps de sommeil. En fait, il arrive que le malade ne dorme pas pendant des jours sans apparemment perdre ses forces. Celui qui souffre du trouble bipolaire agit aussi de façon très impulsive ; il ne tient pas compte des conséquences. " La manie affecte souvent les pensées, le jugement et le comportement social de différentes façons qui engendrent de sérieux problèmes et l'embarras ", déclare un rapport de l'Institut américain de la santé mentale. Combien de temps cette phase maniaque dure-t-elle ? Parfois, quelques jours ; dans d'autres cas, elle persiste plusieurs mois avant de céder la place à son équivalent, la dépression.

Les personnes les plus susceptibles de développer le trouble bipolaire sont celles dont des membres de la famille en sont atteints. Mais rassurez-vous, il se soigne. " Si la maladie est diagnostiquée tôt et traitée correctement, lit-on dans le livre L'enfant bipolaire (angl.), ces enfants et leur famille peuvent vivre de manière beaucoup plus équilibrée. "

Il est important de noter qu'un seul symptôme n'est pas le signe d'une dépression ou d'un trouble bipolaire. Le plus souvent, c'est un ensemble de symptômes se manifestant sur une certaine période qui permet d'établir un diagnostic. Toutefois, une question reste en suspens : pourquoi ce mystérieux trouble gagne-t-il les jeunes ?

Découvrir les origines

" En général, la dépression de l'adolescent n'est pas le fait d'un seul facteur, mais d'un ensemble d'agents d'agression. " — Docteur Kathleen McCoy.

QU'EST-CE qui engendre la dépression chez les adolescents ? Plusieurs facteurs interviennent. D'une part, en raison des changements physiques et psychologiques liés à la puberté, les jeunes peuvent être envahis par les doutes et la peur ; ils sont de ce fait particulièrement enclins au pessimisme. D'autre part, ils ont souvent une mauvaise opinion d'eux-mêmes lorsqu'ils ont l'impression d'être rejetés par leurs camarades ou par quelqu'un dont ils sont amoureux. De surcroît, comme l'a souligné le premier article, les adolescents d'aujourd'hui grandissent dans un monde lui-même déprimant. Nous vivons effectivement " des temps critiques, difficiles à supporter ". — 2 Timothée 3:1.

Pour ne rien arranger, les jeunes font face aux soucis de la vie pour la toute première fois, et ils n'ont ni les aptitudes ni l'expérience des adultes. Par conséquent, tels des touristes cherchant leur chemin dans un pays inconnu, ils sont déroutés par leur environnement et, dans bien des cas, ne sont pas disposés à demander de l'aide. Ces conditions constituent un sol fertile pour les graines de la dépression.

Cependant, d'autres facteurs entrent en jeu. Examinons-en quelques-uns.

Dépression et perte

La dépression surgit parfois à la suite d'une grande perte. Ce peut être la disparition d'un être cher, la perte d'un des parents à cause du divorce, voire la mort d'un animal familier.

Il existe également d'autres genres de pertes, moins discernables. Par exemple, s'il déménage dans un autre quartier, le jeune devra abandonner un environnement qu'il connaît ainsi que des amis qu'il aime. Même la concrétisation d'un objectif attendu, comme l'obtention d'un diplôme, peut occasionner un sentiment de vide. En effet, lorsqu'on entame une nouvelle étape de la vie, ne perd-on pas l'aisance et la confiance que l'on avait auparavant ? Certains doivent aussi lutter contre une maladie chronique. Dans un tel cas, le chagrin d'être différent de ses camarades, voire d'être mis de côté par eux, peut amener un adolescent à penser qu'il est anormal.

Il faut reconnaître que de nombreux jeunes affrontent ces pertes sans se laisser totalement abattre. Ils sont tristes, ils pleurent, ils souffrent, ils se lamentent, mais avec le temps ils s'adaptent. Alors, pourquoi la plupart d'entre eux surmontent-ils les tracas de la vie quand d'autres succombent aux affres de la dépression ? La réponse n'est pas facile, car la dépression est un trouble complexe. Toutefois, il semblerait que quelques-uns soient plus vulnérables.

Le lien biochimique

Un grand nombre de psychologues pensent qu'un déséquilibre biochimique du cerveau joue un rôle majeur dans la dépression [3 – Selon certains, de nombreuses victimes sont nées avec ce déséquilibre, tandis que d'autres sont au départ en bonne santé mais deviennent davantage prédisposées à la dépression à la suite d'un traumatisme qui modifie la chimie de leur cerveau.]. Ce déséquilibre serait héréditaire, car des chercheurs ont découvert que les jeunes dont l'un des parents souffre de dépression y sont davantage sujets. " Dans la majorité des cas, les enfants victimes de dépression ont au moins un de leurs parents dépressif ", explique le livre Seul, triste et aigri (angl.).

Une question se pose donc : les enfants héritent-ils réellement de la dépression, ou apprennent-ils simplement à être dépressifs en vivant avec un de leurs parents lui-même atteint de la maladie ? Le problème de l'hérédité est difficile à cerner, car le cerveau est extrêmement complexe, tout comme les nombreux autres facteurs qui conduisent les jeunes à la dépression.

Dépression et environnement familial

On a qualifié la dépression d'affaire de famille, et ce à juste titre. Comme on l'a déjà expliqué, la tendance à la dépression peut se transmettre de génération en génération par une composante génétique. Cependant, l'environnement familial entrerait aussi en ligne de compte. " Les enfants qui sont maltraités par leurs parents risquent fort de devenir dépressifs, écrit le docteur Mark Gold. Le même sort attend ceux dont les parents sont trop sévères et se focalisent sur les défauts de leurs enfants. " La dépression peut aussi surgir lorsque les parents sont trop protecteurs. Toutefois, détail intéressant, un chercheur a découvert que les enfants sont encore plus vulnérables à la dépression quand les parents ne se soucient carrément pas d'eux.

Néanmoins, ce qui précède ne signifie pas que tous les jeunes dépressifs sont victimes de mauvais parents. Une telle généralité reviendrait à ignorer la quantité d'autres facteurs qui interviennent. Il n'en demeure pas moins que l'environnement familial pèse parfois lourd dans la balance. " Les enfants qui habitent dans un foyer où les parents ont en permanence des relations tendues risquent davantage d'être dépressifs que ceux qui vivent dans un environnement plus calme, écrit le docteur David Fassler. C'est notamment parce que les parents sont tellement pris dans leur lutte qu'ils négligent leurs enfants. C'est aussi parce qu'ils placent souvent les enfants au cœur de leurs disputes. Ces derniers peuvent alors se sentir coupables, s'irriter et éprouver du ressentiment. "

Il existe encore d'autres raisons à la dépression de l'adolescent. Par exemple, des spécialistes signalent qu'elle peut être déclenchée par des facteurs extérieurs, comme une mauvaise alimentation, des toxines ou la dépendance à une substance. D'autres mettent en cause certains médicaments (des antihistaminiques, des tranquillisants, etc.). Les enfants qui ont des difficultés d'apprentissage semblent aussi particulièrement sujets à la dépression. Ils se rendent compte qu'ils ne peuvent pas suivre leurs camarades et perdent leur amour-propre.

Cependant, au-delà des causes, il est essentiel d'examiner cette question : comment aider les adolescents dépressifs ?

Comment apporter votre aide ?

" Les enfants dépressifs ont besoin d'aide, mais ils ne peuvent pas l'obtenir par eux-mêmes. Un adulte doit en premier lieu identifier le problème et le prendre au sérieux. C'est là toute la difficulté. " — Docteur Mark Gold.

SI VOUS pensez que votre enfant adolescent est dépressif, que pouvez-vous faire ? Déjà, ne tirez pas trop vite des conclusions. Après tout, il est possible que les symptômes n'aient rien à voir avec une dépression. De plus, tous les jeunes sont tristes de temps à autre. Toutefois, si le mal-être persiste et semble être plus qu'un coup de cafard, il serait préférable de consulter un médecin. D'ailleurs, il est bon de garder présentes à l'esprit ces paroles de Jésus : " Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin de médecin, mais ceux qui vont mal. " — Matthieu 9:12.

N'ayez pas peur de confier à votre médecin tout renseignement utile, notamment les changements survenus récemment dans la vie de l'adolescent, et qui auraient pu contribuer à son apathie. Assurez-vous que le médecin examine suffisamment les symptômes avant d'établir un diagnostic. " Il est impossible de rassembler toutes les informations nécessaires à l'examen approfondi d'un enfant en une seule séance de vingt minutes ", explique le docteur David Fassler.

N'hésitez pas à formuler toutes les questions que vous vous posez. Par exemple, si le docteur juge que votre enfant est atteint de dépression, vous voudrez peut-être lui demander pourquoi il a écarté toute autre possibilité. Si vous avez des doutes sur son diagnostic, dites-lui que vous aimeriez avoir un second avis. Aucun médecin honnête et sincère ne vous en dissuadera.

Acceptez la situation

Si votre enfant est dépressif, n'en ayez pas honte. La dépression peut s'abattre sur les jeunes les plus solides. La Bible montre que des personnes qui servaient Dieu de leur mieux ont souffert moralement, et ce, quel que soit leur âge. Souvenez-vous du fidèle Job. Pensant que Dieu l'avait abandonné, il a éprouvé du dégoût pour la vie (Job 10:1 ; 29:2, 4, 5). Hanna, qui servait Dieu, avait tellement " l'âme amère " qu'elle ne pouvait pas manger (1 Samuel 1:4-10). Citons aussi Jacob, un homme attaché à Dieu, qui a pleuré la mort de son fils pendant de nombreux jours et qui a ' refusé de se laisser consoler '. Il a même exprimé le désir de le rejoindre dans la tombe (Genèse 37:33-35) ! Ainsi, les troubles affectifs ne proviennent pas toujours d'une carence spirituelle.

Malheureusement, quand un adolescent fait une dépression, les parents sont soumis à rude épreuve. " J'ai l'impression de marcher sur un fil, déclare une mère dont la fille est dépressive. Je suis inquiète, affolée, agressive, coléreuse et exténuée. " Une autre explique : " Lorsque je sortais et que je voyais une maman faire des courses avec sa fille adolescente, j'avais le cœur brisé parce que je ne le faisais plus avec [la mienne] et je pensais que je ne le ferais plus jamais. "

Il est normal d'éprouver ce genre de sentiments. Néanmoins, ils prennent parfois des proportions énormes. Si cela arrive, pourquoi ne pas vous en ouvrir à un ami en qui vous avez confiance ? Proverbes 17:17 déclare : " Un véritable compagnon aime tout le temps et c'est un frère qui est né pour les jours de détresse. " Ne négligez pas non plus la prière. La Bible nous assure que si nous jetons notre fardeau sur Dieu, il nous soutiendra. — Psaume 55:22.


Une personne vraiment dépressive souffre énormément. Sa souffrance n'est pas le fruit de son imagination.


Un sentiment de culpabilité

Beaucoup de parents d'adolescents dépressifs se découragent fortement et pensent qu'ils sont, d'une manière ou d'une autre, responsables de la situation. " Lorsque votre enfant est en dépression, avoue une mère, vous vous sentez vraiment coupable, et personne ne peut vous en faire démordre. Vous vous demandez constamment : ' Où nous sommes-nous trompés ? Qu'est-ce qui a provoqué un changement ? Qu'ai-je fait ? ' " Comment les parents peuvent-ils garder un point de vue équilibré ?

Incontestablement, la sévérité au foyer risque d'affecter un enfant. Ce n'est pas pour rien que la Bible lance cet avertissement aux pères : " N'exaspérez pas vos enfants, pour qu'ils ne se découragent pas. " (Colossiens 3:21). Par conséquent, les parents feraient bien d'analyser la façon dont ils se comportent avec leurs enfants et de la modifier si besoin est. Toutefois, souvenez-vous que la dépression ne résulte pas toujours de mauvais traitements. Elle peut sévir dans le plus affectueux des foyers. Voilà pourquoi les parents qui aident leurs enfants de leur mieux ne doivent pas se sentir coupables.

Il est tout aussi important de ne pas rejeter la faute sur l'adolescent. Effectivement, il ou elle n'a probablement que peu de pouvoir sur sa maladie. " Je ne lui reprocherais jamais d'avoir la varicelle ou une pneumonie, affirme une mère. Cependant, en ce qui concerne la dépression, reconnaît-elle, c'est ce que j'ai fait. J'ai reproché à mon fils d'être tombé malade, et je m'en veux terriblement. " S'ils considèrent la dépression comme une maladie et non comme une faiblesse, les parents et les autres s'attacheront plutôt à aider le malade.

Quand des parents élèvent un enfant dépressif, une forte tension peut s'installer entre eux. " Nous nous accusions mutuellement, dit une femme, surtout lorsque nous pensions à la vie que nous aurions aimé avoir et à celle que nous menions à cause de notre fils. " Tim, dont la fille est dépressive, fait cet aveu : " C'est facile de rejeter la faute sur son conjoint. S'il y a déjà des problèmes dans le couple avant que l'enfant ne présente des signes de dépression, son comportement inexplicable pourrait bien être la goutte d'eau qui fait déborder le vase. " Ne permettez pas à la dépression de briser votre mariage ! Accuser vous-même, votre enfant ou votre conjoint ne mènera strictement à rien. Votre priorité est de soutenir le malade.


VOUS ÊTES JEUNE ET DÉPRESSIF ?

Vous n'êtes pas seul, et votre situation n'est absolument pas sans issue. Votre dépression peut résulter soit 1) d'un déséquilibre biochimique, soit 2) des circonstances de la vie, circonstances que vous ne pouvez pas ou guère changer. Dans les deux cas, vous n'êtes pas responsable de ce qui vous arrive. Que faire alors ?

La Bible déclare : " Il existe tel ami plus attaché qu'un frère. " (Proverbes 18:24). Pourquoi ne pas trouver un tel ami et épancher auprès de lui ce que vous avez sur le cœur ? Votre père, votre mère ou un autre adulte peut s'avérer votre plus grand allié dans votre lutte contre la dépression.

Si vos parents pensent que vous souffrez d'une dépression, ils vous emmèneront peut-être chez un médecin spécialisé dans ce genre de maladies. Il s'agit là d'une sage initiative, car cette maladie se soigne souvent très bien à l'aide d'un traitement. Par exemple, si la cause en est un déséquilibre chimique, on vous prescrira probablement un antidépresseur. N'ayez pas honte de le prendre. Il est simplement destiné à rééquilibrer la chimie de votre corps, et c'est peut-être lui qui vous aidera à retrouver joie et stabilité dans votre vie.

De nombreux dépressifs ont été consolés en lisant la Bible et en s'approchant de Dieu par la prière. La Bible donne cette assurance : " Jéhovah est près de ceux qui ont le cœur brisé ; et il sauve ceux qui ont l'esprit écrasé [4 – Vous trouverez d'autres suggestions dans l'article " Les jeunes s'interrogent... Devrais-je dire à quelqu'un que je suis déprimé ? " paru dans notre numéro du 22 octobre 2000.]. " — Psaume 34:18.


Apportez votre soutien

La Bible exhorte les chrétiens en ces termes : " Parlez de façon consolante aux âmes déprimées. " (1 Thessaloniciens 5:14). Si l'adolescent est rongé par un sentiment de médiocrité, vous pouvez l'aider. Comment ? Certainement pas en portant des jugements comme " Tu ne devrais pas te mettre dans cet état " ou " Tu n'as pas le bon état d'esprit ". Au contraire, efforcez-vous de vous montrer compréhensif en manifestant " de la sympathie ". (1 Pierre 3:8.) Paul a recommandé aux chrétiens de ' pleurer avec ceux qui pleurent '. (Romains 12:15.) Gardez présent à l'esprit qu'une personne vraiment dépressive souffre énormément. Sa souffrance n'est pas le fruit de son imagination, ni un subterfuge pour attirer l'attention. Après avoir écouté le malade, essayez de le faire parler. Demandez-lui pourquoi il se sent ainsi. Puis, avec douceur et patience, faites-lui comprendre pourquoi il a tort de se mésestimer. Rappelez-lui que Dieu est plein d'amour et de miséricorde ; il verra peut-être ses inquiétudes s'estomper. — 1 Pierre 5:6, 7.

Quelles autres mesures concrètes pouvez-vous prendre ? Par exemple, assurez-vous que votre enfant adolescent se repose bien, mange suffisamment et fait de l'exercice (Ecclésiaste 4:6). Si on lui prescrit des médicaments, expliquez-lui l'importance de les prendre. Ne cessez jamais de le soutenir et ne cessez jamais de lui montrer que vous l'aimez.

Il faut reconnaître que la dépression est un calvaire et pour celui qui en souffre et pour le reste de la famille. En fin de compte, l'aide aux jeunes dépressifs passe fondamentalement par la patience, la persévérance et l'amour.


DE L'AIDE ET UNE ESPÉRANCE POUR CEUX QUI SOUFFRENT

Étant donné la complexité de la dépression, ces quelques articles n'ont pas passé en revue tous les aspects du problème. Néanmoins, les éditeurs de Réveillez-vous ! sont convaincus que les points abordés aideront les jeunes et leurs parents à supporter ce trouble débilitant.

Vous avez peut-être remarqué que la plupart des conseils mentionnés dans l'article précédent étaient basés sur la Bible. Il est vrai qu'il s'agit d'un livre ancien, mais ses principes sont aussi utiles de nos jours qu'ils l'étaient lorsqu'il a été écrit. Pourquoi ? Parce que même si les temps ont changé, la nature humaine, elle, n'a pas changé. Nous avons à faire face aux mêmes difficultés fondamentales que les générations précédentes. La différence est qu'aujourd'hui ces difficultés sont plus graves et plus lourdes de conséquences.

La Bible a aussi une valeur pratique pour une autre raison : elle est inspirée de Dieu (2 Timothée 3:16). Étant notre Créateur, il sait de quoi nous avons besoin pour vivre le mieux possible.

Évidemment, la Bible n'est pas un ouvrage médical. Cela ne nous dispense donc pas de rechercher un traitement adéquat pour soigner des maladies telles que la dépression. Il n'empêche que la Bible contient des principes qui nous aident à réconforter les malades. Plus important encore, elle nous révèle la promesse de Dieu de guérir bientôt toutes nos maladies (Psaume 103:3). Oui, Jéhovah se propose de " faire revivre le cœur des hommes broyés ". — Isaïe 57:15.

Souhaiteriez-vous en apprendre davantage sur cette espérance merveilleuse ? Adressez-vous aux Témoins de Jéhovah de votre région ou écrivez à l'une des adresses indiquées en page " Contacts " .


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